Rencontre Avec Marc Veh

Kambonou Didievi et Aliebe de Djekanou, deux géants de Variétoscope, ont un homme en commun : Marc Veh. Chorégraphe émérite, il a marqué les années 90 de son empreinte en offrant au concours certaines des plus belles créations de la décennie.
Formé à la danse auprès de Rose-Marie Guiraud, puis au sein de la compagnie Kouamé Black Show, il perfectionne son art en France avec Bernardo Monte
Créateur prolifique, il a signé des pièces remarquées comme Nanjy (2007), Nu (Festival On Marche, Marrakech, 2008), ou encore Face(s) (2010). Créateur et artiste multidisciplinaire, il est aussi acteur, connu pour ses rôles dans Beau Travail, Reine Crocodile ou encore Sur la tête de Bertha Boxcar. Sans lui, Variétoscope n’aurait sans doute pas été le même. 


Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir danseur et de participer à Variétoscope ?
Au départ, c’était surtout un effet de mode. Les danses en vogue à l’époque — disco, funk et breakdance — nous attiraient. Dans mon quartier, mes aînés faisaient des démonstrations pendant les vacances ou les soirées, et avec mes amis, on essayait de les imiter, par passion.
J’avais aussi des modèles comme Papson et son frère Cheick (chorégraphe d’Éveil d’Adjamé), Ziké de Papson d’Abobo ou encore Pacôme d’Adjamé. Petit à petit, je me suis pris au jeu.
C’est là que ma tante, Rose-Marie Guiraud, a proposé à mes parents de m’inscrire à son école de danse. Ensuite, avec mes amis, nous avons intégré la compagnie Kouame Black Show, qui mêlait déjà danse traditionnelle et danse moderne, prémices de la danse contemporaine. C’est Kouamé Black Show qui m’a donné ma première chance à Variétoscope, avec le groupe de Bingerville. J’étais avant cela spectateur à la télé, sans intention d’y participer. Mais l’année suivante, mes amis du quartier m’ont demandé de les coacher. De ce groupe sont sortis mes meilleurs danseurs, car ils avaient travaillé sur le long terme et savaient anticiper mes intentions. Voilà comment je me suis retrouvé dans Variétoscope.


Quel regard portez-vous sur le style de danse de la nouvelle génération (2019–2025) ?
Aujourd’hui, mon regard n’est pas très reluisant face à l’évolution des pas et des gestuelles des danseurs. Je retrouve souvent des enchaînements de mon époque, répétés sans que les chorégraphes y ajoutent leur inspiration ou les fassent évoluer. Beaucoup de danseurs restent en mouvement du début à la fin de la musique, oubliant que la danse est faite de mobilité et d’immobilité, tout comme la musique est faite de sons et de silences, ou comme un tableau est fait de nuances.
Résultat : les ballets se ressemblent, comme s’ils avaient tous été créés par la même personne. On multiplie les entrées (deux, trois, quatre…) et les décors prennent le dessus, donnant au spectateur l’impression d’être bombardé par des images qui s’enchaînent à grande vitesse. Certains chorégraphes ne prennent plus de risques pour surprendre le public et inspirer leurs collègues à explorer de nouveaux horizons.
Attention, je ne dis pas que tout est mauvais : il y a quelques chorégraphes, dont je ne connais pas toujours les noms, qui sortent du lot. Mais la tendance dominante est celle-ci.
Je suis allé incognito à la manche de ce week-end et j’ai constaté qu’il y avait des difficultés à remplir le Palais de la Culture. Or, à mon époque, même le Palais des Sports débordait de spectateurs : dehors, il y en avait parfois plus que dedans. Pourquoi ? Parce que le public était sûr d’y trouver du spectacle, de la créativité et de la gestuelle originale. À mon avis, c’est ce manque d’innovation qui a relégué Variétoscope au second plan parmi les émissions culturelles. 


Quels sont, selon vous, les problèmes actuels de Variétoscope et quelles solutions proposez-vous ?
Les solutions passent absolument par les danseurs eux-mêmes. Leur passion doit s’exprimer au quotidien, comme autrefois dans les quartiers où, chaque après-midi, on se retrouvait pour danser, se distraire et même entretenir sa santé. Avec mon petit groupe, nous n’attendions pas Variétoscope : nous dansions par passion et nous nous perfectionnions ainsi.
Les chorégraphes, de leur côté, devraient aussi s’impliquer bénévolement, sans rien attendre en retour. C’est lorsque la danse devient un amusement, une distraction, un moment de plaisir, que naît le véritable perfectionnement. Ainsi, le jour venu, à Variétoscope, chorégraphes et danseurs se comprennent déjà dans la gestuelle et peuvent se concentrer uniquement sur la musique imposée. 

Quel chorégraphe vous a le plus marqué ?
À mon époque, je citerais Cheick (Éveil d’Adjamé) et Turbo (Mâchoiron de Jacqueville).
Dans la nouvelle génération, je n’ai pas retenu beaucoup de noms, mais certains se distinguent tout de même par leur originalité.

Le morceau imposé qui vous a marqué ?
Je dirais la musique des frères Zigalo avec Galé. Au départ, je trouvais ça nul, mais finalement, c’est resté comme un souvenir marquant.

Une anecdote marquante ?
Au début des présélections, mes danseurs étaient tellement convoités par Didievi et Djékanou qu’ils se sont séparés en deux groupes. Pour ne pas faire de choix, j’ai décidé de travailler avec les deux : quatre jours à Didievi et quatre jours à Djékanou.
Résultat : à Bouaké, lors des présélections, Djékanou est arrivé premier, Didievi deuxième. Puis à la deuxième manche, Didievi premier, Djékanou deuxième. Avant la phase d’Abidjan, j’ai dû choisir : j’ai continué avec Didievi, qui a remporté. L’année suivante, j’ai repris Djékanou, et eux aussi ont gagné.

Un dernier mot ? Vos big up ?
Pour le dernier mot, j’aimerais encourager tous les acteurs de la danse à relever le défi : ramener Variétoscope à la place qu’il occupait autrefois dans le paysage culturel ivoirien. Il faut aussi veiller à inclure davantage les anciens chorégraphes parmi les membres du jury. La culture n’est pas uniquement cérébrale, elle convoque autre chose que le physique ou l’intellect. Pour la pratiquer et l’évaluer, il faut mobiliser plus que le simple bagage académique. La plupart des chorégraphes qui ont fait — et qui font encore — les beaux jours de Variétoscope s’appuient sur une expérience et une sensibilité qu’on ne retrouve pas dans les mots. Pourtant, j’ai l’impression qu’on les met trop de côté. Je voudrais leur adresser une pensée particulière.



Merci

Interview par Jacobson

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